Connaissance · Eau · 24.10.2026

Boire l’eau de pluie : récupération, stockage et potabilisation

Comment notre maison vit de l’eau de pluie : toiture de 101 m², cuve en béton de 10 m³, bilan avec les données météo de Payerne, appareils économes en eau et traitement en plusieurs étapes jusqu’à la lampe UV-C.

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L’essentiel en une image

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Toute l’eau qui coule des robinets de la maison vient du ciel. La pluie tombe sur la toiture, s’écoule dans une cuve enterrée, puis traverse une série de filtres et une lampe ultraviolette avant d’arriver à la cuisine, à la douche ou aux toilettes. Le réseau communal ne sert que d’appoint, pour remplir la cuve si elle venait à se vider. Cet article explique combien d’eau notre toit peut récolter, combien nous en consommons, et pourquoi l’eau traitée peut être bue sans risque.

ÉlémentChoix
Surface de récolteToiture de la maison Ouest, ≈ 101 m² en projection horizontale
Pluie moyenne≈ 850 mm par an (MeteoSuisse, Payerne, 1991–2020)
Eau récoltée≈ 69 m³ par an en moyenne, soit ≈ 190 L par jour
StockageCuve cylindrique en béton de 10 m³, enterrée
Mise sous pressionPompe DAB e.sybox mini³
FiltrationPréfiltre 50 µm, filtre 5 µm, charbon actif
DésinfectionLampe UV-C de 55 W avec limiteur de débit et alarme
Appareils économesDouche Gjosa, toilettes Eco Flush à séparation d’urine
AppointRéseau communal, uniquement pour remplir la cuve

Vue d’ensemble

L’installation suit le chemin de l’eau. La pluie est d’abord récoltée sur la toiture, puis stockée dans une cuve en béton où elle se repose. Une pompe la met ensuite sous pression et l’envoie à travers trois filtres de plus en plus fins, puis devant une lampe ultraviolette qui la désinfecte. Toute la maison est alimentée avec cette eau, y compris le chauffe-eau.

Schéma de l’installation : la pluie tombe sur la toiture de 101 m², passe par un filtre d’entrée et arrive dans une cuve en béton enterrée de 10 m³, où un diffuseur fait des bulles d’air ; le trop-plein part vers les eaux claires ; le réseau communal peut remplir la cuve, son tuyau s’arrêtant au-dessus de l’eau pour qu’elle tombe librement dans la cuve. Depuis la cuve, l’eau passe par un préfiltre de 50 µm, la pompe, un filtre de 5 µm, un filtre à charbon actif et une lampe UV-C de 55 W, puis alimente la cuisine, la salle de bain, la douche, les WC, le lave-linge, le lave-vaisselle et le chauffe-eau. Un robinet extérieur est branché juste après la pompe.
Schéma de principe : de la toiture au robinet. Touchez le schéma pour l’agrandir.

Combien d’eau tombe sur notre toit ?

La surface de récolte

Pour calculer l’eau récoltée, on ne prend pas la surface réelle des pans de toit, mais leur projection horizontale : c’est la surface que « voit » la pluie en tombant. Notre toiture mesure 14,25 m de long sur 7,12 m de large, avant-toits compris, soit ≈ 101 m². Les deux pans sont raccordés à la cuve : le pan sud, couvert de tôles d’acier et des panneaux photovoltaïques en verre, et le pan nord, couvert de tuiles.

La pluie dans la région

La station MeteoSuisse la plus proche disposant de longues séries de mesures est celle de Payerne. Ses mesures journalières sont disponibles en données ouvertes depuis 1964.

PériodePluie à Payerne
Moyenne annuelle 1991–2020 (normale climatologique)852 mm
Année la plus sèche depuis 2000 (2011)581 mm
Année la plus pluvieuse depuis 2000 (2001)1132 mm

Un millimètre de pluie correspond à un litre d’eau par mètre carré. Sur 101 m², une année moyenne apporte donc 101 × 852 ≈ 86 m³ d’eau. Une partie n’arrive pourtant jamais dans la cuve : l’eau qui s’évapore sur un toit chaud après une petite averse, celle qui mouille simplement les tuiles, celle qui déborde des gouttières lors des gros orages ou qui est écartée par le filtre d’entrée. On applique donc un coefficient de récupération de 80 %, une valeur courante pour une toiture en tôle et en tuiles.

AnnéePluieEau récoltée (80 %)Par jour
Moyenne852 mm≈ 69 m³≈ 190 L
Sèche (2011)581 mm≈ 47 m³≈ 130 L
Pluvieuse (2001)1132 mm≈ 92 m³≈ 250 L

La pluie est assez bien répartie sur l’année. Les mois de janvier à mars sont les plus secs, février surtout, mais même là notre toit récolte en moyenne 3,5 à 4,3 m³ par mois.

Histogramme de l’eau récoltée en moyenne chaque mois, de 3,5 m³ en février à 7,4 m³ en juillet, comparée à une consommation de 100 litres par jour (environ 3 m³ par mois) et de 150 litres par jour (environ 4,5 m³ par mois).
En moyenne, chaque mois apporte plus d’eau qu’un foyer consommant 100 L par jour n’en utilise. Touchez le graphique pour l’agrandir.

Combien d’eau consommons-nous ?

Un ménage suisse consomme en moyenne environ 140 litres par personne et par jour. La douche et les toilettes en représentent une grande part : une douche classique débite 10 à 15 litres par minute, et une chasse d’eau ordinaire utilise 6 litres ou plus à chaque fois.

Nous avons choisi des appareils qui réduisent fortement ces deux postes :

  • La douche Gjosa fractionne le jet en fines gouttelettes accélérées. On garde la sensation d’une vraie douche avec environ 4 litres par minute, soit trois fois moins qu’une douche classique.
  • Les toilettes Eco Flush (Wostman) séparent l’urine et les matières fécales. La cuvette avant, pour l’urine, est rincée avec environ 0,3 litre ; la grande chasse, pour les selles, utilise environ 2,5 à 3 litres. Comme la plupart des passages aux toilettes concernent l’urine, la consommation moyenne tombe autour d’un litre par chasse.
  • Le lave-vaisselle Miele utilise environ 6 à 9 litres par cycle, moins qu’une vaisselle faite à la main.

Voici une estimation de notre consommation avec ces appareils :

UsageHypothèsePar personne et par jour
DoucheGjosa, 5 minutes à 4 L/min≈ 20 L
ToilettesEco Flush, 4 petites chasses et 1 grande≈ 4 L
LavaboMains, dents, visage≈ 6 L
Cuisine et boissonCuisson, vaisselle à la main, boire≈ 5 L
Total par personne≈ 35 L

S’y ajoutent les appareils partagés par tout le foyer : environ 8 litres par jour pour le lave-vaisselle (un cycle par jour) et environ 20 litres par jour pour le lave-linge (trois lessives de 45 litres par semaine). Cela donne :

FoyerConsommation estimée
2 personnes≈ 100 L par jour (≈ 50 L par personne)
3 personnes≈ 130 L par jour
4 personnes≈ 170 L par jour

Ces chiffres restent des estimations. Les compteurs installés sur le circuit nous permettront de les vérifier en conditions réelles.

La cuve de 10 m³ suffit-elle ?

Comparer la pluie annuelle à la consommation annuelle ne suffit pas. Il peut pleuvoir beaucoup en automne et presque rien pendant six semaines au printemps : c’est la cuve qui fait le tampon entre les deux. Pour savoir si elle est assez grande, nous avons simulé la cuve jour par jour de 2000 à 2025, avec la pluie réellement mesurée chaque jour à Payerne. Chaque jour, la pluie remplit la cuve (le surplus part au trop-plein), puis le foyer y puise sa consommation.

Résultats moyens sur ces 26 ans :

Consommation du foyerPart couverte par la pluieJours par an où la cuve est vide (moyenne)Appoint par le réseau (moyenne)
100 L par jour100 %00
120 L par jour100 %00
150 L par jour98 %8≈ 1 m³ par an
180 L par jour92 %36≈ 5,6 m³ par an
280 L par jour (2 personnes à la moyenne suisse)67 %140≈ 34 m³ par an

Jusqu’à environ 120 litres par jour, la cuve de 10 m³ n’aurait jamais été vide un seul jour en 26 ans. C’est toutefois la limite : à 120 litres par jour, il ne serait resté qu’environ 200 litres au plus bas, en mai 2011. Au-delà, il faut de temps en temps faire appel au réseau, surtout lors des années sèches. Sans les appareils économes, deux personnes consommant comme la moyenne suisse dépendraient du réseau un tiers du temps.

2011 : le printemps sans pluie

L’année 2011 est la plus sèche de la série depuis 2000, avec un printemps presque sans pluie de février à début mai. C’est le test le plus dur pour la cuve. Pour comparer les foyers à partir du même point, le graphique part d’une cuve pleine au 1er janvier :

Graphique de l’année 2011 : en haut, la pluie journalière à Payerne ; en bas, le niveau simulé de la cuve. Pour un foyer à 100 litres par jour, le niveau descend jusqu’à 2,9 m³ à la mi-mai puis remonte et reste presque plein le reste de l’année. Pour un foyer à 150 litres par jour, la cuve est vide pendant 24 jours entre la mi-avril et la mi-mai.
Même lors de l’année la plus sèche depuis 2000, un foyer à 100 L par jour garde près de 3 m³ de réserve. Touchez le graphique pour l’agrandir.

Autre manière de voir les choses : une cuve pleine contient 100 jours de consommation à 100 litres par jour. Or la plus longue période sans pluie notable (moins de 1 mm par jour) mesurée à Payerne depuis 2000 a duré 46 jours, de fin novembre 2016 au début janvier 2017.

Et en cas de pénurie ?

Prenons un foyer de trois personnes qui consomme habituellement 150 litres par jour : les ≈ 130 litres estimés plus haut, plus une quinzaine de litres pour le ménage et les plantes. Lors des années sèches, sa cuve se viderait de temps en temps. Mais rien n’oblige à consommer toujours autant : quand la cuve baisse, on peut faire attention quelque temps. Notre règle est simple : dès que la cuve descend sous 5 m³, nous passons à 100 litres par jour, jusqu’à ce qu’elle remonte.

Il ne s’agit pas de vivre en mode survie. Les appareils économes ont déjà retiré le gaspillage, il reste donc surtout des gestes de confort à réduire :

UsageHabituelEn mode économieComment
Douches≈ 60 L≈ 40 LDouches plus courtes, environ 3 minutes
Toilettes≈ 12 L≈ 12 LRien à changer, l’Eco Flush est déjà très sobre
Lavabo≈ 18 L≈ 12 LRobinet fermé pendant le brossage des dents, gobelet
Cuisine et boisson≈ 15 L≈ 15 LRien à changer
Lave-vaisselle≈ 8 L≈ 5 LSeulement quand il est plein
Lave-linge≈ 20 L≈ 10 LLessives regroupées, une ou deux par semaine
Divers (ménage, plantes)≈ 15 L≈ 6 LMénage à la bassine, arrosage suspendu
Total≈ 150 L≈ 100 LUn tiers de moins

Avec cette règle, la simulation de 2000 à 2025 donne :

  • La cuve n’aurait jamais été vide, sans aucun appoint par le réseau. Au plus bas, à la mi-mai 2011, il serait resté environ 500 litres : la marge est mince lors des pires années.
  • Le mode économie dure en moyenne deux mois par an, mais rarement d’un seul bloc : la moitié des épisodes durent moins de huit jours, le temps que la pluie suivante fasse remonter la cuve. Lors des années sèches (2010, 2011, 2017, 2022), il dure quatre à six mois au total, et jusqu’à quatre mois et demi d’affilée, de fin janvier à début juin 2022. Seules trois années sur vingt-six n’en ont pas eu besoin.
  • Il tombe surtout en fin d’hiver et au printemps, de février à avril, et beaucoup plus rarement en été. Janvier, février et mars sont les mois les moins pluvieux de l’année, et la cuve n’a souvent pas encore remonté en avril. En été, au contraire, les orages la remplissent vite.

Pour appliquer cette règle, il faut connaître le niveau de la cuve : un indicateur de niveau est donc indispensable. Et le réseau communal reste là en dernier recours.

Si la cuve se vide malgré tout, une arrivée du réseau communal permet de la remplir. Elle est physiquement déconnectée de l’eau de la cuve : le tuyau s’arrête au-dessus du niveau du trop-plein, et l’eau du réseau tombe librement dans la cuve. Même si la pression du réseau chutait, l’eau de pluie ne pourrait jamais être aspirée vers le réseau public. La norme européenne EN 1717 demande une chute libre d’au moins 20 mm, ou deux fois le diamètre intérieur du tuyau si c’est plus. Les robinets de la maison ne sont jamais branchés directement sur le réseau : ils reçoivent toujours de l’eau qui est passée par la cuve et par toute la chaîne de traitement.

Le traitement, étape par étape

1. La toiture et le filtre d’entrée

L’eau de pluie se forme par condensation de la vapeur d’eau dans les nuages : au départ, c’est presque de l’eau distillée. Elle se charge ensuite de ce qu’elle rencontre en tombant et sur le toit : poussières, pollens, sable du Sahara, feuilles, mousses et surtout fientes d’oiseaux, la principale source de bactéries.

Un filtre en entrée de cuve retient les feuilles et les débris grossiers avant qu’ils n’arrivent dans l’eau stockée.

2. La cuve en béton : le repos de l’eau

La cuve est un cylindre en béton de 2,55 m de diamètre et 2,40 m de haut, enterré. Elle fait bien plus que stocker l’eau :

  • Obscurité : sans lumière, aucune algue ne peut pousser.
  • Fraîcheur : sous terre, l’eau reste fraîche toute l’année, loin des 37 °C auxquels se développent les bactéries d’origine intestinale. Elles ne s’y multiplient pratiquement pas.
  • Décantation : dans l’eau immobile, le sable et les particules lourdes tombent au fond, tandis que les pollens et les particules légères flottent en surface. L’eau la plus claire se trouve entre les deux.
  • Neutralisation : l’eau de pluie est légèrement acide (pH ≈ 5,6), car elle dissout le gaz carbonique de l’air. Au contact du béton, elle dissout un peu de calcaire : son pH remonte vers la neutralité et elle se charge légèrement en calcium. Une cuve neuve fait d’abord l’inverse : pendant les premières semaines, voire les premiers mois, le béton frais peut faire monter le pH au-delà de 9. C’est pourquoi on mesure le pH avant de boire l’eau d’une cuve neuve.
  • Vie microbienne utile : un fin film de bactéries inoffensives se forme sur les parois. Il consomme la matière organique dissoute dans l’eau.

Pour que ces bactéries utiles restent actives, l’eau doit contenir de l’oxygène. Sans oxygène, d’autres bactéries prennent le dessus et produisent des odeurs d’œuf pourri. Nous mettons donc en place un bullage : un diffuseur posé à 20–30 cm du fond envoie de l’air dans la cuve pendant 20 minutes toutes les 6 heures.

3. Le préfiltre 50 µm et la pompe

Juste avant la pompe, un préfiltre de 50 micromètres (0,05 mm) arrête les grains de sable et les particules qui pourraient abîmer la pompe.

La pompe DAB e.sybox mini³ met l’eau sous pression. Elle démarre dès qu’un robinet s’ouvre et ajuste sa vitesse pour garder une pression constante, que l’on remplisse un verre ou que la douche et le lave-linge tournent en même temps. Le robinet extérieur, pour l’arrosage, est branché juste après la pompe : il n’a pas besoin du reste du traitement.

4. Le filtre 5 µm

Ce filtre retient les particules fines, jusqu’à 5 micromètres, soit environ un dixième de l’épaisseur d’un cheveu. Il rend l’eau parfaitement limpide, ce qui est indispensable pour l’étape UV : une bactérie cachée derrière une particule serait à l’ombre des rayons. Il retient aussi une partie des parasites les plus gros, comme les kystes de Giardia (8 à 14 µm).

5. Le charbon actif

Le charbon actif est un charbon végétal traité pour être criblé de pores microscopiques : un seul gramme offre une surface interne de plusieurs centaines de mètres carrés. Les molécules organiques dissoutes s’y collent : c’est l’adsorption. Le charbon retire ainsi les goûts, les odeurs, la couleur et une partie des polluants chimiques comme certains pesticides ou hydrocarbures.

En retirant la matière organique, il rend aussi l’eau plus transparente aux ultraviolets. En revanche, des bactéries peuvent se développer dans le charbon lui-même. C’est pourquoi il est placé avant la lampe UV, jamais après.

6. La lampe UV-C : la désinfection

La dernière étape est une station Eureka équipée d’une lampe ultraviolette de 55 W. L’eau circule autour de la lampe, protégée par une gaine en quartz. La lampe émet des rayons UV-C à 254 nanomètres, une longueur d’onde que l’ADN et l’ARN des micro-organismes absorbent très fortement. Les rayons abîment ce matériel génétique : bactéries, virus et parasites ne peuvent plus se reproduire. Incapables de se multiplier, ils ne peuvent plus provoquer de maladie.

L’efficacité dépend de la dose reçue par l’eau, c’est-à-dire de l’intensité de la lampe multipliée par le temps d’exposition. Pour l’eau potable, la référence est de 40 mJ/cm². À cette dose, plus de 99,99 % des bactéries pathogènes sont inactivées, comme E. coli, les salmonelles, Campylobacter ou les légionelles. Les parasites Giardia et Cryptosporidium, qui résistent au chlore, sont au contraire très sensibles aux UV. La plupart des virus sont aussi inactivés à cette dose. Les adénovirus font exception : à 40 mJ/cm², ils ne sont réduits que d’environ 90 %. Ce sont toutefois des virus humains, qui n’ont guère de raison de se trouver sur un toit (voir plus bas).

Pour garantir cette dose, l’installation comporte deux protections :

  • Un limiteur de débit de 2,28 m³/h, inférieur au débit maximal de la station (2,66 m³/h). Même si tous les robinets sont ouverts, l’eau passe assez lentement devant la lampe.
  • Une cellule de contrôle qui surveille la lampe et déclenche un voyant et une alarme sonore en cas de panne.

Les UV n’ajoutent rien à l’eau : ni produit chimique, ni goût. La lampe fonctionne en continu et consomme environ 1,3 kWh par jour, une énergie fournie en grande partie par notre installation photovoltaïque.

Pourquoi peut-on boire cette eau ?

Plusieurs barrières plutôt qu’une seule

Aucune étape n’est parfaite à elle seule. La sécurité vient de leur succession : chaque barrière réduit un risque, et la suivante rattrape ce que la précédente a laissé passer. C’est le même principe que dans les usines de traitement d’eau potable des communes.

RisqueOrigineBarrières
Feuilles, débris, insectesToitureFiltre d’entrée, décantation
Sable, pollens, poussièresAtmosphèreDécantation, filtres 50 µm et 5 µm
Bactéries (E. coli, salmonelles…)Fientes d’oiseauxCuve froide et sombre, UV-C
Parasites (Giardia, Cryptosporidium)AnimauxFiltre 5 µm (en partie), UV-C
VirusRares dans l’eau de toitureUV-C (en partie pour les adénovirus)
Goûts, odeurs, matière organiqueFeuilles, cuveBullage, charbon actif
AciditéGaz carbonique de l’airBéton de la cuve
Polluants chimiques (PFAS…), métauxAtmosphère, matériaux du toitChoix des matériaux, charbon actif (en partie), analyses

Les virus qui rendent malades les humains viennent surtout d’excréments humains, qui n’ont aucune raison de se trouver sur un toit. Le risque microbien d’une eau de toiture vient donc avant tout des bactéries et des parasites apportés par les animaux, précisément ceux que les UV traitent le mieux.

Ce que le traitement ne fait pas

Les UV désinfectent, mais ne retirent aucune substance chimique. Contre les polluants dissous, les protections sont le choix de matériaux de toiture inertes et le charbon actif, qui n’en retient qu’une partie. L’eau de pluie a cependant un avantage sur l’eau souterraine : elle ne traverse pas les sols, et ne se charge donc pas en nitrates ni en résidus agricoles infiltrés.

Elle n’est pas pure pour autant : en tombant, elle capte ce que contient l’air, en particulier des PFAS, les « polluants éternels ». Une étude de l’université de Stockholm a montré en 2022 que la pluie en contient partout dans le monde, parfois au-delà des limites les plus strictes fixées pour l’eau potable. La Suisse prépare d’ailleurs des valeurs maximales plus basses, alignées sur celles de l’Union européenne (0,1 µg/l pour la somme de 20 PFAS). Le charbon actif en retient une partie, surtout les molécules à chaîne longue, mais pas toutes : seule une analyse permet de savoir ce qu’il en est.

Les UV n’ont pas non plus d’effet rémanent. Contrairement au chlore, ils ne protègent pas l’eau après son passage. C’est pourquoi la lampe est placée en dernier, juste avant la distribution, et pourquoi l’entretien régulier est indispensable. Pour la même raison, le chauffe-eau doit être réglé assez chaud, à 60 °C, comme dans toute maison, pour empêcher les légionelles de s’y développer.

L’eau de pluie est aussi très peu minéralisée. Ce n’est pas un problème pour la santé, car l’essentiel du calcium et du magnésium dont nous avons besoin vient de l’alimentation. Et c’est un avantage pour la maison : pas de calcaire dans le chauffe-eau, la douche ou le lave-linge.

Vérifier par des analyses

La théorie ne suffit pas : seule une analyse en laboratoire prouve que l’eau est potable. En Suisse, les exigences sont fixées par l’ordonnance sur l’eau potable et l’eau des installations de baignade et de douche (OPBD). Pour les critères microbiologiques, l’eau potable ne doit contenir aucune bactérie E. coli ni aucun entérocoque dans 100 ml ; ces bactéries signalent une contamination fécale. Le nombre de germes aérobies mésophiles, un indicateur général de la qualité, ne doit pas dépasser 300 par ml dans le réseau de distribution.

Nous faisons analyser l’eau au robinet par un laboratoire, pour les critères microbiologiques comme chimiques (pH, dureté, turbidité, métaux, PFAS), et nous publierons les résultats sur cette page.

Entretien

Une installation de potabilisation ne fonctionne que si elle est entretenue. Voici notre programme, avec des fréquences indicatives à ajuster selon l’expérience :

ÉlémentEntretienFréquence indicative
Gouttières et filtre d’entréeRetirer feuilles et débrisPrintemps et automne
Préfiltre 50 µmRincer ou remplacerTous les 3 à 6 mois
Filtre 5 µmRemplacer la cartoucheTous les 3 à 6 mois
Charbon actifRemplacer le charbon du conteneurTous les 6 à 12 mois
Lampe UV-CRemplacer la lampeChaque année
Gaine en quartzNettoyerÀ chaque changement de lampe
Compresseur du bullagePurger le réservoirChaque semaine
CuveContrôler les sédiments, nettoyer si besoinTous les 5 à 10 ans
Qualité de l’eauAnalyse en laboratoireChaque année

Une lampe UV perd de sa puissance avec le temps, même si elle continue à éclairer : c’est pourquoi on la change à date fixe, sans attendre qu’elle tombe en panne. Une cartouche de filtre colmatée se repère à la baisse de pression aux robinets.

En résumé

ÉtapeRôle
Toiture de 101 m²Récolter ≈ 69 m³ par an en moyenne
Filtre d’entréeArrêter feuilles et débris
Cuve en béton de 10 m³Stocker, décanter, garder l’eau au frais et à l’abri de la lumière
BullageGarder l’eau oxygénée et sans odeur
Préfiltre 50 µmProtéger la pompe
Pompe e.sybox mini³Mettre l’eau sous pression
Filtre 5 µmRendre l’eau limpide
Charbon actifRetirer goûts, odeurs et matière organique
Lampe UV-C 55 WDésinfecter
Réseau communalRemplir la cuve en cas de sécheresse prolongée

Avec des appareils économes, notre toit fournit largement l’eau dont nous avons besoin : à 100 litres par jour, la cuve de 10 m³ aurait toujours gardé près de 3 m³ de réserve depuis 2000, et jusqu’à environ 120 litres par jour elle ne se serait jamais vidée. Le traitement en plusieurs barrières rend cette eau potable, et des analyses régulières permettent de le vérifier.